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Agence nationale sanitaire et scientifique en cancérologie

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Les orientations de la recherche sur le cancer

Date de mise à jour : 17/05/2011

La recherche sur le cancer a pour objectif de réduire la mortalité liée à cette maladie ; de faire reculer sa fréquence et sa gravité par des actions de santé publique ; d'améliorer la qualité de vie des patients par des traitements plus efficaces et moins toxiques.

Les enjeux de la recherche

Ils ont été définis dans le rapport d’orientation stratégique de l’ITMO cancer d’AVIESAN et de l’INCa et portent sur plusieurs axes :

Identifier les causes des cancers.

Pour la moitié des cancers, ces causes sont bien identifiées ce qui permet de mener des politiques de prévention notamment contre le tabac et l'alcool. Mais elles doivent encore être caractérisées pour les cas dans lesquels des risques faibles ou des causes multiples s'additionnent, ce qui rend difficile leur mise en évidence. S'ajoute à cela les spécificités génétiques de chaque individu qui sont responsables des inégalités face aux risques de développer un cancer. L'effort engagé doit se poursuivre afin d'améliorer les connaissances des susceptibilités génétiques face à certains cancers ainsi que les connaissances en épidémiologie pour mieux identifier les facteurs de risque professionnels, environnementaux et comportementaux.

Dépister les cancers à un stade précoce pour éviter les formes graves.

Le dispositif national portant sur le dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal permet un diagnostic précoce. Le pronostic est donc meilleur et les traitements moins lourds. L'INCa souhaite poursuivre les expertises afin de réfléchir à des stratégies de dépistage adaptées à d'autres cancers.

Prévenir les rechutes après les traitements.

D'importants progrès ont été réalisés pour traiter les cancers, toutefois des rechutes sont parfois observées. Leur prévention passe par l'optimisation de ces traitements, elle nécessite la réalisation d'essais cliniques incluant un grand nombre de patients. Ces essais consistent à comparer un traitement « standard » avec, par exemple, une nouvelle combinaison de molécules anti-cancéreuses, une nouvelle technique chirurgicale ou de radiothérapie, ou encore un nouveau mode de prise en charge. Il sera ainsi possible de déterminer les traitements qui préviennent au mieux les rechutes.

Mettre en application les avancées de la recherche fondamentale.

La recherche fondamentale permet, entre autres, d'accroître les connaissances sur le fonctionnement des cellules, les mécanismes d'initiation des tumeurs, de leur progression et de leur dissémination dans l'organisme pour donner naissance à des métastases. La transformation de ces connaissances nouvelles en avancées médicales pour les patients est au cœur des préoccupations actuelles. Cette recherche dite translationnelle a déjà permis de grands progrès, parmi eux le développement de molécules « anti-angiogéniques ». Une tumeur dispose de la capacité à sécréter des molécules favorisant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (néo-angiogènèse), afin de favoriser et maintenir son développement. De nouveaux médicaments ont été élaborés afin de prévenir cette action, ils sont appelés médicaments anti-angiogéniques, et sont utilisés avec succès dans plusieurs types de cancers.

Développer les tests génétiques afin de mieux personnaliser les traitements.

Les technologies utilisées pour étudier les caractéristiques génétiques ne sont pas propres à la cancérologie et il faut accroître leurs capacités afin de mieux répondre aux demandes. Ces techniques modernes d'analyse des gènes permettent de définir avec précision l'ensemble des caractéristiques d'une tumeur et d'apporter en conséquence les traitements les mieux adaptés. Cette personnalisation de la médecine favorise une réponse optimale aux traitements et une réduction des toxicités. A l'inverse, la détermination des caractéristiques génétiques de la tumeur chez les individus permet d'adapter les traitements en n'utilisant pas les molécules qui n'auront pas ou peu d'efficacité chez un malade donné.

Accroître les interfaces entre les disciplines de la recherche.

La facilitation des échanges de savoirs et de compétences dans des domaines de recherche différents constitue une étape indispensable pour l'innovation. L'accent doit être porté sur le regroupement de discipline au sein de sites communs de recherche. De plus, des domaines essentiels à la lutte contre le cancer tels que l'imagerie, la radiothérapie et la chirurgie, se situent à l'interface de plusieurs disciplines (physique, chimie, mécanique...) et ont bénéficié de peu de crédits de recherche en France. Les initiatives engagées par le CEA pour l'imagerie ou des fondations pour la chirurgie doivent être étendues.

Les actions prioritaires pour faire avancer la recherche sur le cancer

L'Institut Thématique Multi-Organismes Cancer (ITMO Cancer) a défini six actions prioritaires à court et moyen terme pour la recherche contre le cancer. Ces actions sont établies en cohérence avec les recommandations du conseil scientifique de l'INCa et les actions prioritaires du Plan cancer.

1) Soutenir les domaines de pointe dans la recherche sur le cancer.

  • Comprendre les cancers pour mieux les combattre. La mortalité par cancer a diminué grâce à la prévention, au diagnostic précoce avec des tests simples ou la généralisation de l'utilisation de l'imagerie numérique. Les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité sont également le fruit de l'amélioration des thérapeutiques. A l'inverse, le nombre de nouveaux cas de cancers augmente chaque année, ce qui justifie le renforcement des recherches afin de comprendre les étapes de la cancérisation et la mise en place de traitements mieux adaptés.

Deux difficultés doivent être vaincues : l'apparition de cellules résistantes au traitement, la toxicité des médicaments sur les cellules et les tissus normaux. Il faut donc augmenter la spécificité des traitements afin d'épargner les tissus sains. Ceci nécessite d'accroître les connaissances sur le fonctionnement des cellules normales et cancéreuses, dans la continuité des travaux des 30 dernières années qui ont abouti aux thérapies ciblées personnalisées (le traitement a pour cible un mécanisme intime de la cellule et est prescrit en fonction des caractéristiques de chaque tumeur).

  • Stimuler les défenses naturelles de l'organisme. Les connaissances sur le système immunitaire (les défenses naturelles de l'organisme) ont permis la mise au point de traitements qui stimulent ces défenses : l'immunothérapie. Cette approche vaccinale n'a toutefois pas encore abouti, les études montrent que les cellules cancéreuses sont capables de contourner les mécanismes de la réponse immunitaire. Des recherches multidisciplinaires rapprochant les spécialistes en immunologie et les spécialistes de la biologie des cancers doivent être soutenues afin de développer une approche intégrative et favoriser les réponses immunitaires plus actives.
  • Les modèles d'étude du cancer. Les chercheurs utilisent différents modèles pour étudier le cancer. Certains peuvent paraître très éloignés de la maladie cancéreuse. C'est pourtant en étudiant les cellules normales d'espèces rudimentaires telles que les vers et les mouches qu'ils ont établi le concept de « cellules souches cancéreuses ». Celles-ci sont capables de se transformer en cellules cancéreuses et sont insensibles aux chimiothérapies classiques. Elles seraient notamment responsables de la récidive des cancers. Il est alors possible d'imaginer de nouveaux traitements qui agiraient sur ces cellules souches.
  • Développer l'étude des altérations des gènes en cause dans les cancers. La génétique a permis d'identifier un grand nombre de gènes qui jouent un rôle majeur dans le cancer, tels BRCA1 et 2 qui prédisposent au cancer du sein. Ces avancées permettent d'identifier les membres d'une famille à haut risque de cancer et de mieux caractériser les tumeurs selon leurs altérations génétiques. Les nouvelles techniques autorisent des analyses encore plus fines, plus précises portant notamment sur des altérations rares. Ces avancées ont permis la mise en place de grands programmes internationaux, tel le programme ICGC (Consortium international de génomique du cancer) auquel participe l'Institut National du Cancer. Ce programme doit permettre de définir les altérations des gènes en cause dans une cinquantaine de cancers très fréquents et le catalogue des altérations génétiques ainsi constitué sera mis à la disposition de l'ensemble de la communauté scientifique. Enfin, l'un des enjeux majeurs de la génétique cancérologique sera d'exploiter au mieux la quantité considérable de données que ces techniques engendrent.

2) Améliorer les échanges entre la recherche fondamentale et la prise en charge des patients.

Il est essentiel de traduire le plus rapidement possible les résultats des travaux réalisés au laboratoire en avancées pour la prise en charge des patients. Ces avancées portent sur le diagnostic, le choix du traitement, la qualité de vie... C'est l'objet de la recherche « translationnelle », qu'il est nécessaire de développer dans des centres dédiés. Elle doit mettre l'accent sur plusieurs axes :

  • les relations que la tumeur établit avec son environnement immédiat ;
  • les mécanismes pharmacologiques de nouvelles molécules afin de déterminer au plus tôt leur toxicité et leur efficacité et de développer de nouveaux traitements innovants ;
  • la recherche de « marqueurs » indicatifs de la réponse ou non réponse à des traitements ciblés. Il peut s'agir d'une molécule (protéine, hormone, enzyme, antigène) normalement produite par l'organisme et dont la concentration augmente en cas de cancer. Ces marqueurs sont encore rares, ils existent pour certains cancers. Par exemple, l'altération du gène EGFR est recherchée dans le cas de cancer du poumon pour déterminer la sensibilité à une thérapie ciblée spécifique.

3) Réduire les inégalités face au cancer.

Des inégalités sont observées dans les domaines de la prévention, du diagnostic précoce, de l'accès aux soins de qualité et de la survie. La collaboration des équipes de chercheurs en sciences sociales, en santé publique, en recherche clinique doit être renforcée pour permettre non seulement de mieux connaître les facteurs sociaux, économiques et psychologiques responsables de ces inégalités mais aussi de développer des actions pour les réduire.

4) Réunir les « ressources biologiques » et cliniques pour les tumeurs responsables de plus de 70 % des cancers.

Les « ressources biologiques » sont des fragments de tissus cancéreux ou sains, de sang, d'urines ou d'autres fluides biologiques prélevés avec l'accord des patients. Les collections sont enregistrées dans la tumorothèque virtuelle nationale (TVN) de l'INCa ; le regroupement physique des collections est souhaité et une communication d'envergure doit être menée auprès des patients afin qu'ils participent aux grands projets de recherche (notamment les cohortes).

5) Développer la recherche de traitements efficaces.

Cette recherche repose sur les « essais cliniques ». Ils consistent à comparer – avec l'accord des patients- un traitement « standard » avec, par exemple, une nouvelle combinaison de molécules anti-cancéreuses, une nouvelle technique chirurgicale ou de radiothérapie, ou encore un nouveau mode de prise en charge.

Ces essais se déroulent en quatre principales phases, dont les deux premières constituent les phases dites « précoces » :

  • la phase 1 constitue la première administration à l'homme. Elle ne concerne que peu de patients, en cancérologie, (en général 10 à 30) et vise à évaluer la sécurité de la molécule, ainsi qu'à déterminer la dose acceptable sans trop de toxicité. Le produit est en général administré sur une courte période.
  • la phase 2 se fait le plus souvent sur 50 à 100 patients. Elle constitue une première évaluation de l'efficacité de la molécule sur la maladie, du dosage optimal, ainsi que du rapport efficacité/tolérance.
  • Si les résultats sont positifs, les essais se poursuivront en phase 3 et concerneront alors un plus grand nombre de patients.
  • La phase 4 intervient après l'autorisation de mise sur le marché de la nouvelle molécule et permet de l'évaluer à long terme et sur un grand nombre de patients traités.

Le nombre de patient inclus dans les essais est encore insuffisant. L'objectif est de permettre à 60 % des enfants atteints d'un cancer d'être inclus dans un essai clinique, ainsi qu'à 40 % des patients atteints d'un cancer du sang, à 10 % de ceux qui présentent des métastases d'une tumeur solide et à 5 % des patients de plus de 75 ans.

L'INCa souhaite renforcer les essais cliniques de phase précoce en soutenant des centres de recherche dédiés.

6) Faire de la recherche française une référence internationale.

La qualité et le dynamisme des équipes de recherche se traduit par des publications scientifiques. La France se situe au 4ème rang en Europe en termes de publications scientifiques et le nombre de publications dans le domaine du cancer ne cesse de progresser. Les acteurs de la recherche sur le cancer doivent s'impliquer davantage dans des programmes internationaux et européens, l'INCa et l'ITMO cancer devront aussi développer des partenariats de coopération bilatérale, notamment pour favoriser la recherche clinique.

L'Institut national du cancer coordonne, par ailleurs, la participation française au Consortium international de génomique du cancer (ICGC). L'objectif de ce consortium, qui rassemble des équipes de recherche de 22 pays, est de produire la liste des variations génétiques présentes dans une cinquantaine de types de cancers. Dans un premier temps, les équipes françaises travaillent sur une forme de cancer du foie lié à l'alcool et sur un sous-type de cancer du sein. Les résultats de l'ensemble de ces données seront mis à la disposition de la communauté scientifique.

Enfin, l'INCa a conclu un accord avec son homologue américain, le National Cancer Institute (NCI), pour faciliter l'accès aux molécules innovantes dans le traitement du cancer, tant pour les patients que pour les chercheurs français. Des essais cliniques portant sur des molécules innovantes sont déjà mis en œuvre en France.