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Les pesticides

Date de dernière mise à jour : 12/06/2013

 

Les pesticides sont des substances ou des préparations à usage agricole, destinées à protéger les végétaux, et utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables tels que plantes, animaux, champignons, bactéries. Très largement utilisés, ils ont un impact sur l'environnement et certains sont mis en cause dans la survenue de cancers. Des actions de santé publique ont été mises en place au niveau européen et au plan national pour améliorer les connaissances sur leur mode d'action, sur l'exposition des populations ainsi que pour diminuer et sécuriser leur usage.

Les effets sanitaires avérés ou suspectés

De fortes suspicions existent sur le rôle des pesticides dans le développement de pathologies chroniques (cancers, troubles neurologiques, troubles de la reproduction) dans le cadre des expositions professionnelles notamment, qui concerneraient entre 1 et 2 millions de personnes en France.

L'association entre pesticides et risque de cancer est une question difficile à documenter compte tenu des nombreux produits utilisés et de leur évolutivité en fonction de la période d'utilisation et des types de cultures, et des difficultés méthodologiques liées à ce type d'études, Néanmoins, les expositions aux pesticides ont été plus particulièrement mises en cause dans certains types de cancers (tumeurs cérébrales et hémopathies malignes chez l'adulte notamment). Ces difficultés empêchent de porter des conclusions précises quant à l'élévation de risque due à une exposition aux pesticides.

Certaines substances, comme des pesticides organochlorés désormais interdits, interagissent avec le système endocrinien en induisant des effets nocifs sur les organismes et/ou leur descendance (perturbateurs endocriniens). Plusieurs études épidémiologiques ont recherché des associations entre ce type de pesticides et certains cancers hormono-dépendants :

  • Cancer du sein : une association positive a été associé entre l'exposition au PCB et le cancer du sein. Dans le cas du DDT, un risque accrue a été retrouvé chez les filles exposées très tôt dans leur vie1;
  • Cancer de l'ovaire : les études sont encore insuffisantes ;
  • Cancer du testicule : des études ont mis en avant un rôle potentiel des organochlorés sur la survenue de ce cancer mais les facteurs de risque patents n'ont pas été identifiés ;
  • Cancer de la prostate : l'exposition à certains pesticides, en particulier chez les applicateurs et les employés des usines de production, serait responsable d'un risque accru de cancer de la prostate, mais les études sont insuffisantes pour conclure.

Enfin, des chercheurs de l'Inserm ont montré dans une étude épidémiologique, publiée en juin 2010, dans le Journal of Clinical Oncology, une possible association entre exposition au chlordécone et survenue d'un cancer de la prostate (Chlordecone exposure and risk of prostate cancer – L.Multigner et al, J.Clin Oncol 28 : 3457-3462, 2010).. Lire l'article « le chlordécone »


 


1 - Macon MA and Fenton SE. Endocrine disruptors and the breast : early life effects and later life disease. J Mammary Gland Biol Neoplasia (2013) 18: 43-61

La réglementation sur les produits phytopharmaceutiques (pesticides)

La réglementation sur les produits phytopharmaceutiques (pesticides) comporte deux volets :

  • au niveau de la communauté européenne, les substances actives doivent être autorisées (inscription sur une liste positive);
  • au niveau national, le produit doit être autorisé par l'Etat français (ministère chargé de l'agriculture, après avis de l'Anses).

Le règlement européen n° 1107/2009 de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques est entré en vigueur en juin 2011. Il introduit des critères d'exclusion des substances actives les plus toxiques pour la santé publique et l'environnement. Les substances actives dont on envisage la substitution doivent faire l'objet d'une évaluation comparative qui conduira à leur substitution par des alternatives moins nocives, lorsqu'elles existent et selon les dispositions prévues à l'annexe IV du règlement.

D'un point de vue réglementaire, l'usage des produits phyto-pharmaceutiques contenant certaines substances (cancérogènes, mutagènes...) a été interdit dans les aires de jeux pour enfants et les cours de récréation ainsi que dans le périmètre de 50 mètres des bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes vulnérables. Il a été restreint dans les parcs, espaces verts et terrains de sports ouverts au public (arrêté du 27 juin 2011).

L'épandage aérien a été interdit, sauf dérogation (arrêté du 31 mai 2011).

Enfin, la loi Grenelle 2 a également prévu l'encadrement strict de la publicité pour les produits phytopharmaceutiques et l'encadrement de la vente des produits phytopharmaceutiques à destination des jardiniers amateurs.

Focus sur l'étude AGRICAN

Afin de mieux caractériser le niveau d'exposition et les risques liés aux pesticides, l'enquête AGRICAN (AGRIculture et CANcer), menée sur la santé en milieu agricole et les causes de décès, en particulier par cancer, suit, depuis 2005, une cohorte de 180 000 assurés agricoles actifs et retraités sur douze départements représentatifs des activités agricoles de la France métropolitaine et disposant d'un registre de cancers. Les premiers résultats, publiés en septembre 2011, montrent que, de manière générale, la santé des salariés et des exploitants agricoles est meilleure que celle du reste de la population française. En outre, l'enquête AGRICAN montre que le risque de décéder d'un cancer est moins élevé chez les hommes et les femmes de la population agricole que pour le reste de la population française. En particulier, on observe une sous mortalité nette pour les cancers liés au tabagisme. Cependant, une surmortalité modérée est observée pour les mélanomes malins de la peau (+1 % chez les hommes et +6 % chez les femmes), pouvant s'expliquer, en partie, par le travail en plein air. Enfin, on peut noter chez les femmes une tendance à une surmortalité observée pour les cancers de l'œsophage (+ 8 %), de l'estomac (+ 5 %) et pour les hémopathies malignes (+ 2 %).