Le chlordécone
Date de dernière mise à jour : 15/03/2011
Le chlordécone est un insecticide organochloré largement utilisé dans les Antilles françaises entre 1973 et 1993 pour combattre le charançon du bananier. Très stable dans l’environnement, il est à l’origine d’une importante pollution des sols et des eaux et peut contaminer certaines denrées animales et végétales. De ce fait, les habitants de ces régions sont toujours exposés au chlordécone, dont des études ont montré dès 1989 le caractère cancérigène chez le rat et la souris. Il s’agit en effet d’un perturbateur endocrinien, classé comme potentiellement cancérigène pour l’homme par le CIRC (classe 2B).
Ces éléments ont été pris en compte dans le Plan national santé environnement (PNSE1- action 12 et PNSE2 - action 35), et ont induits la mise en œuvre du Plan d’action chlordécone en Martinique et Guadeloupe 2008-2010, qui a notamment visé à :
- renforcer la surveillance de la santé de la population et la connaissance des problèmes cliniques et environnementaux liés au chlordécone ;
- continuer à réduire l’exposition de la population au chlordécone ;
- proposer des mesures d’accompagnement en agriculture et améliorer la surveillance des sols et des produits des jardins familiaux.
Ce plan, qui comportait une quarantaine d’actions, a bénéficié de plus de 33 millions d'euros de crédits. Ses principaux acquis concernent :
La réduction de l’exposition
- Les valeurs limites en chlordécone dans les aliments ont été réduites à 10 et 20μg/kg de poids frais en juillet 2008 ;
- préventivement, les légumes sensibles à la contamination par le chlordécone ne sont désormais cultivés que sur des sols sains ou dont le niveau de contamination est compatible avec leur culture ;
- la pêche et la consommation de poissons et crustacés ont été interdites dans les zones contaminées ;
- enfin, les contrôles ont montré la bonne qualité des eaux de distribution publique et des aliments mis sur le marché et permis d’identifier les productions susceptibles de présenter des risques de contamination supérieure aux Limites Maximales de Résidus (LMR).
Le renforcement des connaissances sur les transferts et la contamination des milieux
- Des référentiels de cultures possibles en fonction du niveau de contamination des sols ont été établis et mis à la disposition des producteurs ;
- la contamination du milieu aquatique commence à être mieux cernée dans l’espace, l’exploitation de ces données a donné lieu à la prise de mesures de prévention des fortes expositions ;
- un système d’information géographique a été construit pour rassembler les résultats d’analyse des sols géoréférencés.
Les laboratoires
Trois laboratoires antillais ont été mieux équipés pour effectuer des recherches de chlordécone dans les eaux, les sols et les végétaux.
La recherche de solutions pour remédier à la pollution des sols
Un séminaire international, qui s’est tenu en mai 2010, a dressé un ensemble de propositions pour orienter la recherche à court et moyen et long terme en vue de trouver des solutions permettant de remédier à la pollution des sols, et aménager des bassins-versants pour tester des procédés de dépollution.
La santé – amélioration du dispositif de surveillance, comité scientifique et poursuite des études
Un registre du cancer de Guadeloupe a été créé, et le registre du cancer de Martinique renforcé. Un registre interrégional des malformations congénitales a été créé. Un centre de toxicovigilance est en cours d’installation.
Un Conseil scientifique mis en place dans le cadre de ce plan a publié le rapport « Impact sanitaire de l’utilisation du chlordécone aux Antilles françaises » en octobre 2009. Il comporte un ensemble de recommandations pour la recherche épidémiologique, la surveillance de l’état de santé de la population, ainsi que la mise en œuvre de la politique de prévention des fortes expositions.
Le plan d'action 2011-2013
Afin de poursuivre les efforts engagés par le premier plan, le plan d’action 2011-2013 contre la pollution par le chlordécone en Guadeloupe et en Martinique a été lancé en mars 2011. Il s’inscrit dans la continuité du précédent et s’organise autour de quatre objectifs :
- approfondir l’état des connaissances des milieux, et rechercher et expérimenter des techniques de remédiation de la pollution ;
- consolider le dispositif de surveillance de l’état de santé des populations, et approfondir la connaissance des effets sur la santé ;
- poursuivre la réduction de l’exposition des populations, en assurant la qualité de la production alimentaire locale et soutenant les professionnels impactés ;
- gérer les milieux contaminés et assurer une bonne information de la population.
Ce second plan comporte un volet touchant la pêche et les milieux aquatiques, afin de faire face à la contamination, notamment du milieu marin, mise en évidence dans le cadre du premier plan. Il met en œuvre 36 actions pour un montant de 31 millions d’euros d’ores et déjà dégagés par l’Etat.
Les études sur le chlordécone
Par ailleurs, l’InVS a édité en mars 2010 un rapport concernant « l’Impact sanitaire de l’utilisation du chlordécone aux Antilles françaises – Recommandations pour les recherches et les actions de santé publique » et des chercheurs de l'Inserm ont publié en juin 2010 les résultats d'une étude cas-témoins* qui montre une possible association entre exposition au chlordécone et survenue d'un cancer de la prostate (Multigner L, 2010). Les résultats sont issus du programme de recherche Karuprostate. Les auteurs ont constaté une augmentation du risque de cancer de la prostate avec l’augmentation de la concentration plasmatique de chlordécone : OR 1.77 ; 95% IC [1.21-2.58] (analyse multivariée) pour des concentrations supérieures à 0.96µg/L. Une augmentation du risque est également observée pour des expositions cumulées pour le quartile le plus élevé: OR 1.73 ; 95% IC [1.04-2.88] (analyse multivariée). Une augmentation du risque de cancer de la prostate a également été observée chez des personnes ayant des antécédents familiaux de cancer de la prostate et chez les sujets ayant résidé dans des pays occidentaux. Les résultats observés conduisent les auteurs à suggérer que l’association entre l’exposition au chlordécone et le risque de cancer de la prostate pourrait être affectée par des mutations génétiques en lien avec des facteurs environnementaux relatifs à l’alimentation et au mode de vie et notamment l’interaction avec la résidence dans un pays occidental. Cette interaction pourrait être expliquée par des expositions environnementales acquises lors du séjour en particulier la co-exposition à d’autres agents chimiques ou à des modifications du comportement alimentaire. Les auteurs estiment que des investigations complémentaires sont nécessaires.
Documents à télécharger
- PNSE1 et PNSE 2
- Plan d’action chlordécone en Martinique et Guadeloupe 2008-2010
- Bilan du Plan d’action chlordécone en Martinique et Guadeloupe 2008-2010
- Plan d’action contre la pollution par la chlordécone en Guadeloupe et en Martinique 2011-2013
- Rapport du Conseil scientifique du plan chlordécone
- Rapport de l'InVS Impact sanitaire de l'utilisation du chlordécone aux Antilles françaises
- Communiqué du Ministère de la santé (23/06/2010) Point sur le plan chlordécone
- Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) du 8 février 2011 : « Chlordécone aux Antilles : bilan actualisé des risques sanitaires »
Liens utiles
- Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer, Luc Multigner et coll., J Clin Oncol 28.
- Observatoire des Résidus et des Pesticides (ORP) : www.chlordecone-infos.fr
- ANSES : www.anses.fr
- InVS : www.invs.sante.fr
- MSA : www.msa.fr
- Le Plan santé sécurité au travail sur le site de la MSA : http://www.msa.fr/front/id/msafr/S1096561018128/S1109261056384/S1109261056447/publi_Plan-Sante-Securite-Travail-2011-2015.html
- Le site documentaire de la MSA : http://references-sante-securite.msa.fr/
- Inserm : dossier d'information sur le cancer de la prostate : www.inserm.fr
Textes de référence
- Arrêté du 5 octobre 2005 relatif à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d’origine animale pour être reconnues propres à la consommation humaine
- Arrêté du 10 octobre 2005 relatif à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d'origine végétale pour être reconnues propres à la consommation humaine
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