Mélanome métastatique : une nouvelle thérapie ciblée démontre une efficacité sur des tumeurs porteuses d’une mutation génétique
(30/08/2010)
Le traitement personnalisé des cancers fait de plus en plus appel à l’identification préalable de biomarqueurs moléculaires dans les tumeurs des patients. L’efficacité d’une thérapie ciblée étant souvent associée à la présence d’un biomarqueur spécifique, cette approche permet d’en réserver la prescription aux patients les plus susceptibles d’en éprouver les bénéfices.
Depuis 2001, plusieurs thérapies ciblées ont ainsi reçu une autorisation de mise sur le marché restreinte à un groupe de patients présentant des altérations moléculaires spécifiques dans diverses localisations cancéreuses : leucémies, tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST), sein, estomac, colorectal, poumon.
Parue dans le New England Journal of Medicine (NEJM), une étude américaine apporte la preuve que cette approche est également prometteuse pour le traitement du mélanome métastatique, une maladie de sombre pronostic.
La molécule testée est un composé appelé PLX4032 : développé par Plexxikon, une start-up californienne, et Roche, il s’agit d’un inhibiteur d’une protéine codée par un gène, BRAF, affecté d’une mutation dite V600E. Découverte en 2002, cette mutation perturbe la régulation de la protéine BRAF qui, produite en excès, active la croissance tumorale. Une thérapie ciblée sur cette protéine est particulièrement intéressante puisque quelque 50% des patients atteints d’un mélanome métastatique présentent la mutation V600E.
Les chercheurs américains ont d’abord mené sur 55 patients un essai de phase I visant à déterminer la dose optimale du traitement : une fois cette dose définie (960 mg deux fois par jour), ils ont étendu l’essai à 32 autres patients présentant la mutation V600E. Les résultats montrent que, sur un total de 48 patients présentant cette mutation, 37 ont vu leur tumeur régresser et, pour 3 d’entre eux, les tumeurs ont disparu totalement.
Deux éditorialistes du NEJM saluent l’avancée majeure que représente cette étude tout en soulignant ses limites: la durée relativement courte de l’observation et, comme c’est souvent le cas avec les thérapies ciblées, la survenue d’effets indésirables et l’apparition de résistances au traitement chez un certain nombre de patients. De fait, parce qu’il s’agit d’un essai de phase I, l’effet du traitement sur la survie globale n’est pas encore connu. Un essai de phase III est en cours pour l’évaluer. Mais, pour les éditorialistes, les cliniciens doivent déjà tirer une leçon de cette étude : “pour le moment, il faut éviter d’administrer le PLX4032 ou d’autres inhibiteurs de BRAF à des patients dont les mélanomes ne présentent pas de mutations du gène BRAF”.
Pour permettre aux patients français, quel que soit l’établissement où ils sont pris en charge, de bénéficier d’une détection optimale de biomarqueurs émergents tels que les mutations du gène BRAF, l’INCa a annoncé en juin 2010 le financement, à hauteur de 3 millions d’euros, d’un programme de structuration et de développement de 28 plateformes de génétique moléculaire réparties sur le territoire national. Dès cette année, ces plateformes sont en mesure de réaliser le test d’analyse de la mutation V600E.
- L’étude : Inhibition of Mutated, Activated BRAF in Metastatic Melanoma, New England Journal of Medicine, vol. 363, pp. 809-819, 2010
- L’éditorial : Melanoma — An Unlikely Poster Child for Personalized Cancer Therapy, New England Journal of Medicine, vol. 363, pp. 876-878, 2010
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le rapport du programme de l’INCa pour la détection prospective des biomarqueurs émergents (juin 2010) (1.12 MB)
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