Mélanome métastatique : une immunothérapie par anticorps monoclonal démontre un bénéfice de survie
(23/08/2010)
En dépit de nombreux efforts accomplis au cours des trente dernières années, aucun essai clinique de phase III n'avait jusqu'à présent permis de démontrer qu'un traitement, que ce soit une chimiothérapie ou une immunothérapie, améliorait la survie globale de patients atteints d'un mélanome de stade avancé ou métastatique.
Une équipe internationale comprenant des auteurs de l'Institut Gustave Roussy (Villejuif) et de l'Hôpital Saint-Louis (Paris) publie, dans le New England Journal of Medicine, les résultats d'un essai qui, pour la première fois, offre une lueur d'espoir aux patients atteints d’un mélanome de stade avancé au sombre pronostic (durée médiane de survie inférieure à un an). En France, environ 1570 décès seraient dus au mélanome en 2010.
Développée par Bristol-Myers Squibb, la molécule étudiée est un anticorps monoclonal appelé ipilimumab. Son mode d'action consiste à bloquer une voie de signalisation associée à une molécule située en surface des lymphocytes T (antigène du lymphocyte T cytotoxique 4 ou CTLA-4) et, ainsi, à stimuler la réponse de certaines cellules du système immunitaire face au mélanome.
L'essai a impliqué 676 patients répartis en trois groupes : le premier n'a reçu que l'ipilimumab, le deuxième a reçu la molécule en combinaison avec un vaccin, appelé gp100, et le troisième n'a reçu que le vaccin, groupe dit de référence. Le vaccin gp100 augmente la réponse immunitaire sans toutefois d’activité antitumorale avérée.
Le critère principal de jugement était la survie globale : pour le premier groupe, la médiane de survie était de 10,1 mois (intervalle de confiance à 95% : 8,0-13,8), pour le second elle était de 10 mois (8,5-11,5) et, pour le troisième, de 6,4 mois (5,5-8,7) (la médiane de survie signifie que 50% des patients sont encore vivants après cette durée). Une analyse statistique plus fine montre que 23,5% des patients du premier groupe étaient encore vivants après 24 mois de traitement, contre 21,6 et 13,7% pour les deux autres groupes.
La toxicité de l'ipilimumab n'est pas négligeable : comme l'indiquent les auteurs de l'étude, "les effets secondaires peuvent être sévères, de longue durée, voire les deux à la fois, mais la plupart sont réversibles à l'aide de traitements appropriés". Au cours de l'essai, 14 décès reliés aux médicaments ont été observés, dont 7 étaient associés à des événements de nature immunitaire.
Une différence de survie médiane de 4 mois n'est peut-être pas spectaculaire, mais elle a de l'importance pour les patients qui, dans cette étude, étaient à un stade très avancé de la maladie et en échec thérapeutique. Il est à espérer que le bénéfice observé sera plus grand lorsque le traitement sera administré plus tôt dans l'évolution de
Selon Bristol-Myers Squibb, des dossiers d’enregistrement pour mise sur le marché de l’ipilimumab sont déjà en cours d’examen par les autorités réglementaires américaine (Food and Drug Administration) et européenne (European Medicines Agency).
Pour en savoir plus :
- Lire l'étude : Improved Survival with Ipilimumab in Patients with Metastatic Melanoma, New England Journal of Medicine, vol. 363, pp. 711-723, 2010
- Lire l’éditorial : Treating Cancer by Targeting the Immune System, New England Journal of Medicine, vol. 363, pp. 779-781, 2010
- Lire la communication à l’ASCO 2010 : Cytotoxic T lymphocyte-associated antigen 4 blockade with ipilimumab: Long-term follow-up of 179 patients with metastatic melanoma, Journal of Clinical Oncology, vol. 28(15_suppl), p. 8544, 2010
- Lire le communiqué de presse de Bristol-Myers Squibb
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